La race bovine d'Hérens

Quo vadis ?

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NF 7.11.2003  Jean-Paul Bessard, vét. Vollèges

Race d'Hérens    -    Quo vadis ?

D'ordinaire lorsqu'un article paraît au sujet de la race d'Hérens on y trouve toujours des qualificatifs tels que : noble, robuste, combative, fine, résistante. Tous ces éloges auxquels j'aimreais bien souscrire m'ont toujours laissé un petit  arrière-goût de verni sous lequel quelque chose de mons brillant peut se cacher.

A ma connaissance lorsqu'on veut fixer les caractéristiques d'une race qu'elle soit bovine, ovine, etc.. on se fixe certains critères de formes, de grandeurs, de qualités, d'aptitudes bien définis que chaque éleveur doit rechercher pour obtenir le plus d'homogénéité possible qui caractérisera une race par rapport à une autre.
Avec la race d'Hérens nous sommes arrivés à une situation où il ne subsiste pratiquement plus qu'un seul critère : fais ce que tu voudras.

En effet, le critère lutte a, petit à petit, masqué tous les autres, l'un après l'autre les derniers garde-fous qui guidaient l'élevage sont tombés et la barre qu'il faut franchir pour qu'un sujet soit accepté dans la race est placé si bas qu'il n'y a pratiquement plus de sélection.

J'ai vu des taureaux acceptés pour la reproduction avec de graves défauts visibles et fortement héréditaires sous prétexte qu'ils descendaient d'une lignée de lutteuses.
Comment peut-on admettre que la production laitière moyenne de la race d'Hérens est pratiquement la même qu'il y a 40 ans alors que l'alimentation et le poids des vaches ont presque doublé!
Génétiquement, il est évident qu'on a fait marche arrière. Comment se fait-il qu'aucun test d'aptitude à la traite mécanique ne soit instauré alors que pour les autres races il y a déjà 50 ans que cela se fait.
Pour les non initiés, sachez qu'une vache d'Hérens sur trois ou quatre n'est pas apte à être traite à la machine et comme les trayeurs à la main se font de plus en plus rares, on assiste rapidement à une baisse de la production et de la qualité du lait. Ce handicap a pour conséquence que beaucoup de professionnels de l'élevage se tournent vers les races laitières et gardent encore quelques hérens pour le combat uniquement. Le bateau part à la dérive et les conséquences se font déjà sentir.

Dans nos alpages on assiste déjà trop souvent à un carrousel de nymphomanes qu'on doit tranquiliser artificiellement. Récemment, un article paru dans un quotidien révélait l'intention des Amis des reines de mieux intégrer le touriste à la vie alpestre, à la fabrication du fromage. D'accord, mais si un touriste vous pose la question : Comment se fait-il qu'avec 150 vaches on ait que 20 cm de lait au fond de la chaudière?
Il faudra lui répondre qu'une partie des vaches n'a pas de lait parce qu'elle n'est pas apte à la traite mécanique et qu'une autre partie encore n'a plus de lait parce que le lait n'intéresse pas le propriétaire.
Ne pensez-vous pas que le touriste serait plus impressionné par une chaudière pleine de lait produit grâce à l'herbage de nos montagnes libre de pollution, de pesticides, d'engrais etc. je suis convaincu que beaucoup sont prêts à mettre le prix fort pour un tel fromage.

Chers amis paysans, éleveurs, c'est à vous que je m'adresse : refusez le diktat de ceux qui ne voient dans la race d'Hérens qu'un hobby. Unissons-nous, reprenons le gouvernail pour mettre le cap sur la fécondité, la productivité, la qualité.

A de jeunes Portugais qui gardaient, sur l'alpage, un troupeau mixte d'hérens et de pie rouge j'ai posé la question : Qu'elle race préférez-vous?, la réponse fut immédiate et unanime : C'est la race d'Hérens.
Je les comprends, aucune autre race ne participe aussi pleinement à la vie de l'homme, aucune autre n'a sa finesse ni son intelligence. C'est pourquoi nous devons la respecter et ne pas en faire un animal de cirque bon uniquement pour l'arène.

Et vous qui faites partie des vrais Amis des reines rejoignez-nous en acceptant de revenir au vrai type de la race. Vous le savez très bien, ceci n'enlèvera rien au spectacle du combat mais le rendra seulement plus équitable.

Si je me suis permis de rendre publique ce qui pour moi est une évidence c'est que j'ai connu comme berger cette race voilà déjà 50 ans et qu'ensuite comme vétérinaire j'ai suivi son évolution et malheureusement j'entrevois l'impasse vers laquelle nous nous dirigeons.